Octobre 2015

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Inauguration de la restauration du clocher de la cathédrale de Nevers

 

Vendredi 23 octobre s’est déroulée l’inauguration de la restauration du clocher de la cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte de Nevers, en présence de Jean-Pierre Condemine, préfet de la Nièvre, Christelle Creff, directrice régionale des affaires culturelles de Bourgogne, Mgr Brac de la Perrière, évêque de Nevers, et Denis Thuriot, maire de Nevers.

 

Engagée et financée en totalité par l’État à hauteur de 9 M€, la restauration du clocher de la cathédrale de Nevers, propriété de l’État, est l’un des chantiers de sculpture monumentale les plus ambitieux engagés par le ministère de la Culture et de la Communication ces dernières années. Sa réalisation a été marquée par une collaboration exemplaire entre maîtrise d’œuvre, maîtrise d’ouvrage et entreprises spécialisées, sur un chantier d’une grande complexité technique et scientifique.

1. Un patrimoine historique
La cathédrale de Nevers a été édifiée à partir du XIème siècle et comporte un chœur occidental roman. La nef et le chœur oriental gothique ont été construits au cours des XIIIème et XIVème. Des chapelles ouvertes sur les bas-côtés de la nef et sur le chœur ont été ajoutées aux XVème et XVIème.
Le clocher, dit "tour Bohier", a été élevé en deux temps (fin XIVème-début XVIème). Il comporte un abondant décor gothique flamboyant composé de dais ajourés, gâbles, pinacles à crochets et de 42 statues monumentales réparties sur 3 registres : un registre d’apôtres surmonté de 2 registres de prophètes. La façade orientale se distingue par la superposition des groupes de saint Pierre et saint Paul, du Noli me tangere et de l’Annonciation.
La moitié des statues a fait l’objet de remplacements au cours des XIXème et XXème en raison de leur dégradation. Le niveau supérieur de la tour, restauré dans les années 1970, est couronné d’une balustrade et couvert d’un toit-terrasse. Sa tourelle d’escalier a été refaite en 1834 d’après le modèle de la collégiale de Clamecy.
Le bombardement de juillet 1944, qui a endommagé et ruiné une grande partie du vaisseau central et les voûtes de l’abside gothique de la cathédrale, a épargné le clocher.

2. Une restauration nécessaire
L’état sanitaire très dégradé des parements de la tour a amené l’État, propriétaire à commander une étude préalable à l’architecte en chef des monuments historiques en 2005. À la suite de chutes de matériaux mettant en danger la sécurité du public, des mesures conservatoires et une tranche expérimentale de travaux, menée avec l’appui du Laboratoire de recherche des monuments historiques, sont mises en place par la DRAC entre 2006 à 2008 sur une zone-test. Cette 1ère intervention a permis de dresser la liste des pathologies (érosion de la pierre, fissures, desquamation, présence de mousses et lichens, encroûtement, traces de pollution...) et de réaliser des essais de nettoyage permettant d’affiner le projet de restauration du clocher.
Le programme de restauration engagé vise à la conservation maximale de la sculpture décorative et de la statuaire monumentale et au remplacement ponctuel des parties les plus altérées, afin de conserver au clocher de la cathédrale son rôle ornemental dans le paysage urbain.

3. Un défi monumental

Le projet de restauration générale de la tour, élaboré par M. Paul Barnoud, architecte en chef des monuments historiques, est présenté devant la Commission nationale des monuments historiques en 2010 en raison des questions déontologiques fondamentales qu’il soulève, notamment sur la dépose de la totalité des statues monumentales d’origine et leur remplacement. Il reçoit l’avis favorable de la commission assorti des orientations suivantes, définies en fonction de l’expérience précédente de la cathédrale de Reims : dépose et mise en sécurité de l’ensemble de la statuaire d’origine (une vingtaine de statues de 3 m de haut), présentation des vestiges dans les étages du clocher à titre de mémoire, moulage des statues déposées et remplacement des originaux par des copies avec restitution des volumes disparus, grâce à une documentation ancienne d’une grande richesse (recherches faites par la CRMH dans les fonds photographiques de l’université de Marburg, Allemagne). L’objectif est double : retrouver une lisibilité maximale de l’iconographie d’origine et conserver au clocher sa valeur ornementale dans le paysage urbain.

En cours de chantier, le choix du mode de copie se porte finalement sur la réalisation de sculptures neuves en pierre de taille afin de concourir à la préservation des savoir-faire traditionnels des sculpteurs, selon une pratique continue du service des monuments historiques depuis le XIXe s.

Ces travaux, répartis sur 3 tranches correspondant aux 3 étages de la tour, ont débuté à l’été 2011 et sont en cours d’achèvement.
o 1ère tranche : niveau supérieur et tourelle (2010 : montant : 3 600 000 €)
o 2ème tranche : niveau intermédiaire (2011 : montant : 3 300 000 €)
o 3ème tranche : niveau inférieur (2012 : montant : 1 200 000 €)

Par sa complexité scientifique et technique et par son volume de travaux, cette opération est l’une des plus importantes de la dernière décennie menées sur les cathédrales en France. Au temps fort du chantier, près d’une vingtaine de compagnons se sont formés et ont œuvré sur les échafaudages et en atelier (maçons, tailleurs de pierres, appareilleurs, mouleurs, sculpteurs, restaurateurs, laboratoire de traitement de pierre, maîtres-verriers, charpentiers, couvreurs).

Plus de 300 m3 de pierres ont été changés sur les façades très altérées. La pierre de Nevers, gélive, a été remplacée avec l’appui scientifique du LRMH par des matériaux en provenance du Poitou. Les gargouilles neuves ont été taillées dans la pierre nivernaise de Verger. Une vingtaine de statues d’environ 3 m de haut ont été sculptées à partir de moulages augmentés.
Le dialogue et les débats constants entre les entreprises, les laboratoires de recherche, l’architecte en chef des monuments historique et la DRAC, pendant ces cinq dernières années, ont permis de croiser les multiples domaines de compétences mobilisés pour un résultat spectaculaire. L’objectif de conserver à l’édifice un maximum de substance historique et de redonner sa lisibilité à l’iconographie, sans remettre en question la problématique de sécurité, a été ainsi parfaitement atteint.

4. Intervenants sur la restauration du clocher

Maîtrise d’ouvrage :
• Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne (Dijon)

Maîtrise d’œuvre :
• Paul BARNOUD, architecte en chef des monuments historiques ( Lyon)
• Pascal ASSELIN, économiste ( Dourdan)
• BET électricité : Thierry Dardelin Cabinet Scenergie (Besançon)

Coordonnateur SPS :
• M. Loret Cabinet ACE-BTP (Nogent)

Entreprises :
• Laboratoire restauration de pierre : ERM (Poitiers)
• Echafaudage-maçonnerie-pierre de taille : Groupement solidaire JACQUET-DAGOIS (Bourges et Irigny)
• Sculpture et restauration de sculpture : Groupement solidaire TOLLIS-TURINI-BERRA-BULLOZ-PRUHA-LEBON-R.M.N. (Chevilly-Larue)
• Charpente-couverture : Groupement conjoint DAGOIS-METIERS DU BOIS (Moulins)
• Vitrerie : ART VITRAIL (Auxerre)
• Paratonnerre : PROTIBAT (Mundolsheim)
• Électricité : SPIE Est (Nevers)

5. Un bâtiment préservé

L’État a investi plus de 11 M€ sur la cathédrale durant ces vingt dernières années, afin de restaurer l’intérieur du chœur roman, les toitures des bas-côtés du chœur gothique, du bas-côté nord de nef, ainsi que la mise aux normes des réseaux électriques.
Une importante commande publique de vitraux contemporains, initiée à partir de 1960, suite à la destruction des verrières lors du bombardement, a également permis la création de plus de 1 000 m², réunissant les artistes François Rouan, Claude Viallat, Gottfried Honneger et Jean-Michel Alberola, pour l’heure la plus importante commande publique de vitraux en France. Celle-ci a fait l’objet d’une précédente inauguration en 2010.